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Spectacle de la compagnie Les Framboisiers (59) vu le 22/03/2026 à 16h au Théâtre Le Chapeau Rouge (84)

 

Valeur ajoutée : Dégustation thé + tartine de confiture ; rencontre avec les artistes avant scène 

À peine le spectateur s’assoit dans la salle qu’il se trouve dans un salon. Le théâtre Au chapeau rouge permet cette proximité immersive. Il n’y a pas de vie pour le moment, aucun signe humain, juste des objets d’un autre siècle. Et il y a cette chaise longue au fond de la scène couverte d’un tissu rouge qui retient mon attention. Elle est vide mais amène une forme de prestige. Puis la scène se remplit avec les quatre acteurs qui nous invitent dans un voyage.

Tout du long aucun objet ne va être déplacé ou très peu. Nous allons rester dans une pièce qui est semblable à un salon où l’on invite des amis, des compagnons. Mais cette même pièce va être comme transportée à travers le globe. Dans les premiers instants du récit, je ressens que je suis transporté en Afrique du Nord où l’image de l’albatros nous fait comme voler dans les airs. Ça me fait penser aux contes des Mille et une Nuits et d’Aladin avec son tapis volant.

Il y a une chaleur ambiante qui se dégage au fur et à mesure. Sûrement encore une fois par la proximité du public et de la scène mais surtout par la profondeur du récit. Puisque tout va très vite, l’on passe de séquence en séquence avec une forme de frénésie. Ce qui va très bien avec le personnage de Baudelaire qui est reconnu pour ses excès.

Une vitesse qui à un moment donné bascule. J’ai été imprégné par la scène qui traite de la dépression. La lumière projetée sur le visage du poète est à ce moment là verte. Ce qui est poignant. Elle provoque un vertige. Un moment dans la vie du poète où il y a peu de vie, peu de volonté. Cette lumière évocatrice et merveilleusement choisie est de nouveau présente dans la séquence sur le temps. Un temps qui file à vive allure et qui transforme l’humain comme une bestiole. Il court, court, s’arrête et devient fou. Et en même temps, davantage lucide.

Un moment fort qui m’a beaucoup parlé est cet instant choisi relatif à la mer. Il me parle particulièrement puisque j’ai moi aussi écrit un poème sur cet élément quand j’étais face à la mer à Gènes en janvier de cette année. Ici le poète est face au public, seul sur scène et parle avec poésie de cette reliance entre l’âme de l’eau et de l’humain. Il parle de cette énergie qui est force de volonté. Et qui parle de voyage. C’est un contraste assez fort entre les scènes du temps et de la dépression et celle-ci.

Cette création scénique est une fièvre sur la puissance de la vie. Le temps et la mort font partie du scénario mais finalement l’amour est encore plus fort.

 

Yann Stöhr

 

Spectacle du groupe MM – Milane Cathala-Di Fabrizio (13) vu le 23/01/2026 à 20h au Théâtre Golovine (84)

Sur la scène, un cercle. Dans les premiers instants, c’est ça qui retient mon attention. Le cercle des limites mais aussi le cercle des possibles. La scène est nue, elle laisse la place au mouvement et à l’histoire qui se danse. La présence calme et attentive des deux musiciens de chaque côté de l’espace scénique est en parfaite harmonie avec les danseurs où une succession de tableaux avec différents rythmes et vibrations sonores raconte quelque chose de différent.

Ça commence par une rencontre, l’excitation de deux êtres qui apprennent à se connaître. Qui se découvrent. Il y a des mouvements lents, d’autres rapides. C’est la joie de l’enfant qui est heureux de jouer avec une nouvelle personne. A ce moment là, ils sont à l’extérieur du cercle. L’émotion est à fleur de peau. Ce sont deux mondes qui observent, qui s’observent et qui cherchent à se comprendre. Chacun cherche à faire rentrer l’autre dans son monde.

Et si le monde pouvait se vivre de l’intérieur ? C’est la rentrée dans le cercle. Changement de tableau. Les mouvements du corps bougent le sable, la permanence, ce qui est silencieux. Pour apporter son caractère, son souffle. Qui domine l’autre ? Mouvement de peau, de corps. Intense dans une forme de transe. Les corps se mélangent, s’assemblent. Il se ressemblent , essayent de s’assembler.  Mais la fracture est fine.

La mort de sa moitié. D’une femme qui s’écrase sur le sol. Casse et remet tout en jeu. Comment renaitre ? Est-ce que je peux aider l’autre à retrouver la force d’avancer ? Par ce qu’au fond à deux on est plus fort ? Puisqu’au fond l’amour de l’autre nous permet de nous dépasser. La nouvelle version de nous même nous révèle au monde. Avec plus de force. Un équilibre des polarités. L’homme et la femme qui dessinent leur chemin.

Cette danse contemporaine est un duo qui réunit deux mondes, avec des sensibilités différentes mais qui arrivent à créer un monde commun, par le goût du voyage et de la rencontre. Ce sont deux amis. Deux amants ou deux amours. Deux fleurs fragiles qui se délivrent par la danse.

Yann Stöhr

 

Au point de rencontre entre poésie, jonglage et acrobatie, un trio s’interroge sur la fuite du temps.nA ces questions intemporelles, le cirque possède l’art de répondre en reliant le monde des objets à nos pensées les plus secrètes. Au bord du Vide, c’est l’histoire d’un homme qui se retrouve face à sa vie. Un regard en arrière, un regard en avant, ce qu’il a fait, ce qu’il lui reste à faire mais ce jour là il ne peut plus rien faire, un homme troublé au point de se dédoubler. C’est le début : la crise !?nSur scène, trois comédiens-circassiens jouent des âges de la vie : le Jeune, acrobate-jongleur fougueux qui ne tient guère en place, le Vieux, clown philosophe et funambule qui marche  sur des lignes immatérielles, au temps présent, un homme dans sa quarantaine virevolte dans une roue Cyr comme dans une boussole affolée.nAprès « Tout d’abord » et « Après grand, c’est comment ? » la Compagnie Manie offre une nouvelle méditation mouvementée sur le temps… au bord du vide et pleine de sens.

Fantaisie d’une durée de 50 secondes pour une personne à la fois, c’est une petite forme de théâtre d’objet minimaliste. Elle cherche en effet à attirer votre curiosité derrière l’oeilleton de deux petites boites. Ainsi, comme le disent les vieux adages, la curiosité est un vilain défaut…

Entre rire et émotion…nnLe face-à-face cocasse et poignant, teinté d’humour noir, d’un vieux couple trop ordinaire pour être vraiment ordinaire, et qui a passé sa vie à tout économiser, surtout les sentiments.nnUne comédie d’un réalisme féroce, aux allures de fable philosophique sur le vrai monde, celui du bonheur sans histoires, celui des histoires de bonheur.

Spectacle de Carlos Martinez Alvarez (Espagne) vu le 28/11/2025 à 20h30 au Théâtre La Nouvelle Étincelle (Avignon)

 

Sur la scène : aucun décor, pas la moindre présence d’un objet. Le parquet brut et la présence attentive du public donnent le parfum qu’il est donné de souligner avant le début de la représentation.  C’est sur une note d’introduction que le mime est présenté par son traducteur ; une manière de faire connaissance avec l’artiste, de connaître son parcours et ses voyages qui l’amènent jusqu’à l’Inde. Quelques secondes encore et Carlos, le mime nous apparaît, tenue sobre, visage non maquillé, juste sa présence qui est là pour nous raconter des histoires.

Quel silence savoureux ! Le fait qu’il n’y a que la présence humaine de Carlos sur scène, ça me pousse en tant que spectateur à être deux fois plus attentif. Le mime est là pour capter le public, pour l’amener avec lui à travers son corps, l’espace et ses gestes qui créent le sens. Il a son propre langage mais il est universel quand les éclats de rire chantent dans la salle. Nous sommes alors tous des enfants.

La représentation est coupée en différents épisodes. Quand une pièce est terminée, le traducteur revient sur scène pour traduire les mots en espagnol de Carlos. C’est dans ces moments qu’on en apprend davantage sur les valeurs de son mime, il nous partage ses outils et nous sommes aussi invités à faire du mime à travers quelques exercices pratiques. Il m’est donné alors à comprendre que Carlos en a fait du chemin depuis ses débuts dans cette pratique et dans cette soirée privilégiée avec lui, il me délivre son art à cœur ouvert selon la vision qui l’en a. Pour lui le mime n’est pas démodé, il a sa place et il le démontre depuis plus de 40 ans de carrière.

Pour en connaître davantage sur la pratique du mime, j’ai poussé ma curiosité un peu plus loin et le lendemain j’étais prêt pour son stage. Quatre heures de bonne humeur et de nombreux outils qu’il a partagés à tous les courageux qui se sont lancés dans cette aventure. J’en ressors grandi avec une approche du mime plus joyeuse que mes derniers souvenirs d’école où il faut se dépêcher pour faire deviner un métier ou un sport à son équipe dans le contexte d’un jeu de compétition. Là, je comprends qu’il ne faut pas se précipiter et que si tu veux être compris et avancer dans le mime, il faut aller doucement.

Le mime avec Carlos, c’est entrer dans son parcours de vie à travers la vie qui fait son chemin, je pense à «El reloj » décrit comme le plus philosophique et qui m’a touché, c’est comprendre son évolution scénique à travers son fils qui ne reconnaît pas son papa quand il se prépare dans sa loge, et toucher à un art universel qui touche toute les classes qu’elle est un titre honorifique, une pièce comme «La piedra » saura la faire rire ou un simple papillon donnera des ailes à tout enfant qui écoute le récit en Inde.

Plus que du mime, c’est un voyage dans le temps et à des centaines de kilomètres d’Avignon, mais tellement connecté à notre époque, qui a besoin de ralentir le rythme.

 

Yann STÖHR

Spectacle de l’association Magories (84) vu le 23/11/2025 à 17h au Théâtre Au Chapeau Rouge (Avignon)

 

Personne sur la scène, seulement l’affiche du spectacle accrochée par deux pinces à linge. Oui personne… pourtant… l’artiste est bien présente, assise avec les spectateurs avec sa valise. Elle attend que le spectacle commence … Comme si elle attendait un train, une présence. Finalement, celle-ci se décide et monte sur scène. Elle commence par sortir l’escabeau, pièce maîtresse du spectacle. Et comme un film que l’on rembobine, elle nous délivre son histoire.

Cette performance est à l’image d’un puzzle. Au début, il n’y a que silence, puis, par l’action humaine, les souvenirs refont surface jusqu’à arriver à une ouverture.

Quels sont les bouts de puzzle ? Ce sont les différentes affiches qui ont été créées pour le spectacle : un concours de dessins a été organisé, dans lequel j’ai participé. Tous ont été mis en valeur et font partie intégrante de la mise en scène. C’est peu commun de voir sa création dans un spectacle, alors que tu en es le spectateur. Et en même temps, c’est touchant et gratifiant.

Les souvenirs sont sortis de la valise, à l’image d’une fée comme Mary Poppins, ou d’un ange comme Joséphine ange gardien. Sauf que là, comme une amnésie volontaire, l’artiste ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur. Je la vois comme une enfant qui découvre un coffre aux trésors, et qui, par les codes de son propre monde, réalise une quête.

Oui, ce personnage joué sur scène est en fait une enfant. Et comme chaque enfant, il n’est pas encore soumis par la peur des grands. Pour l’enfant tout est possible. Il n’y a pas de frontière. Comme il n’y en pas avec le public ;  celui-ci est vu comme un ami, beaucoup d’amis qui sont là pour l’aider dans ses décisions.

Je vois dans ce personnage les qualités d’un clown. Visible par une construction qui explore son propre champ d’expérience. Ne s’inscrivant dans aucun genre précis mais explorant sa propre identité et jouant avec. Il y a de la folie et du bizarre.

Cela en fait quelque chose d’absurde, mais très émotionnel, puisque la créatrice va chercher des parts d’elle-même qui ont besoin d’être entendus.

Elle questionne l’identité de la femme, son rapport à son corps, de la femme objet personnifiée par l’escabeau, et des non dits.

Elle explore l’état de solitude et de silence. Reconstruire ce puzzle, mais seulement pour un moment, puisque tout a déjà été joué.

Ici, le texte n’est pas important puisque il n’y en a presque pas, tout se joue dans les gestes et dans cette discussion entre les objets qui l’entourent, sa propre vision et la vision du spectateur.

C’est à ressentir plus qu’à comprendre.

 

Yann Stöhr

Spectacle de la compagnie La Bestiole (84) vu le 07/11/2025 à 19h au Théâtre Benoît XII (Avignon)

 

Installé au premier rang, les minutes défilent avant que le spectacle commence. Les spectateurs prennent place au fur et à mesure, je reconnais quelqu’un dans la salle. Sur scène, un violoncelle et un cercle blanc. Encore quelques instant et le noir prend place. Une présence arrive sur scène, je pense… et quand la lumière intervient, c’est en fait trois entités qui tournent dans ce cercle ; je ne connais pas encore leurs rôles.

J’ai ressenti dès les premiers instants de jeu que cette pièce allait me parler. Une émotion forte a été posée quand les trois comédiens ont pris place dans ce cercle puis ont tourné autour, en se tenant les uns les autres, à l’aide d’un tissu attaché à leur poignet gauche… dans une danse baignée par la musique, comme s’ils étaient prisonniers de leur propre humanité.

C’est quand un des acteurs s’est détaché du reste, dans un mouvement lent pour s’habiller de son costume, que l’histoire pouvait commencer.

Reflet de notre société à bout de souffle. Maître de sa vie et de ses choix, mais dont la liberté est conditionnée et maîtrisée par des entreprises privées, par ceux qui ont des « beaux papiers ».

Toi, l’homme du peuple, tu ne vois rien ou tu ne veux pas voir.

Prix au piège par des signatures et des contrats, deux habitants qui possèdent des terres sans avoir besoin d’argent (riche par leur culture, leur langage, leurs souvenirs) se retrouvent locataires et dépendants d’une structure extérieure, qui modifie petit à petit le paysage constitué de rivière, montagne et forêt. Tout est redessiné pour laisser place au vide. Bientôt la création d’un nouvel espace artificiel.

Alarme sur l’appauvrissement de la langue, du droit d’expression. De ce qui fait que la poésie peut naître. Mais elle peut aussi naître sans la langue, juste par la visualisation.

Une performance qui prend aux tripes. Entre moment musical et danse, dialogue et monologue mais pas de mot de trop. C’est aussi drôle. Pas du tout dramatique. Un théâtre de sens et de conscience. Sans oublier la délicatesse du geste et une lumière douce, qui invite à l’introspection.

Et franchement, oui, cette thématique amène à réfléchir : nous citadins ou villageois, hommes et femmes de ce monde, à qui cédons-nous nos droits ? A quel prix, et combien de temps et de blessures ?

Dans le silence de la nature et de la vie, avec ces propres richesses et talents, le bruit et son rythme effréné coupent le courant et le flux continue.

 

Yann Stöhr