Spectacle proposé par la Cie Le cercle des Lucioles (84) et vu au théâtre de l’Atelier Florentin, Avignon, 84000, le 13 mars 2026
Auteur et interprète : Olindo Cavadini
Genre : Seul en Scène
Durée : 1 h
Public : Tout public à partir de 10 ans
C’est une sorte d’avant-première, en plein mois de mars, entre deux averses printanières, qui propose à un public amical, nombreux et joyeux, la nouvelle version d’un spectacle déjà joué l’an passé au festival d’Avignon, et qui a maturé durant l’hiver. Un rendez-vous attendu, vu l’enthousiasme contagieux des spectateurs et spectatrices, pour cette représentation unique. Le spectacle sera joué cet été au festival d’Avignon.
Dans les rangs de ce petit théâtre de 49 places plein à craquer, une vitalité chaude circule dans la salle à travers un public au verbe haut, et au rire spontané. L’Italie est déjà un peu là.
Quand l’homme de Calabre apparaît sur scène, fier dans ses habits du dimanche, chaussures, veste et pantalon noirs, chemise blanche, maître sur son beau cheval tranquille, le visage caché d’un masque de commedia dell arte, un frisson parcours la salle. C’est en calabrais que le spectacle commence. Une langue rugueuse, chantante, que tout le corps accompagne comme une danse ancienne et mythique. Cette langue se fera entendre tout au long du spectacle. Elle nous transporte direct dans un paysage aride de montagnes rocailleuses, aux confins de l’Italie, au coup de pied de sa botte, là où le sud de la terre flirte avec la mer.
J’ai eu l’impression d’une condensation dans cette première apparition, saisissante. Il s’agira de nous raconter des histoires, des vraies. Avec du vent. Ce vent de l’histoire qui, dans leurs destins tragiques, emporte nos existences comme des vanités, nous dit l’auteur.
Ce vent est le souffle puissant porté par la parole de Olindo Cavadini, l’acteur et l’auteur de ce spectacle incandescent.
Sur scène, une chaise, une bouteille d’eau, de la lumière et du son. C’est un seul en scène. Minimaliste. C’est par la voix et le corps que les morts sont convoqués. Surtout la mère. L’image du père apparaît fugacement, à jamais fixé sur sa mobylette bleue, en partance pour des semaines de travail. On rencontrera aussi les vivants, ceux à venir, qui vont naitre au monde devant nous. Entre ces deux bouts de la chaîne du temps, l’acteur sur scène est le médian, le médiateur, le point de brûlure. Il actualise le passé, et donne vie au futur.
Olindo Cavadini nous raconte des bouts de sa vie d’homme. Avec des trous forcément, des manques, des absurdités, des incohérences, des fantasmagories, des invraisemblances, des relents d’amertumes et d’espoir.
Une vie revisitée, recomposée à travers deux grands filtres, il m’a semblé, la maternité et l’exil. Deux grands passages qui essorent l’âme des vivants. Conversations entre la mère et le fils. Elle, veut mourir tranquille et ne veut plus se souvenir de sa vie de misère, dont elle parle sans cesse. L’évocation de la politique de Bénito Mussolini à son époque est saisissante de justesse et d’actualité.
Lui, rêve d’être « commédiante ». Il nous raconte son propre exil vers Paris à la recherche d’une autre famille, qui serait de cœur et d’esprit. Ces familles que l’on se choisit pour pallier l’abandon des siens, rendre le cœur moins solitaire et le rire si solaire. Il veut réussir sa vie, être acteur.
Pourtant, un état mystérieux va détourner sa trajectoire. Le « père-mère » qu’il dit être. Il nous raconte son accouchement. Cette fébrilité sienne de donner vie à cet enfant qu’il met au monde, non par la cuisse comme Jupiter redonnant vie à Dionysos, le dieu grec du théâtre mais par le ventre, comme une femme.
Et dans cette famille analphabète à la culture montagnarde machiste, personne ne s’étonne qu’il soit « enceint », lui l’homme au corps sec comme un cep de vigne.
C’est donc un seul en scène. Mais j’ai eu l’impression qu’ils étaient plus nombreux tant les évocations sonnent vrai. L’humour est souvent au rendez-vous sans lourdeur, comme une politesse, celle des gens pauvres qui ne veulent pas déranger avec leurs états d’âme.
Il faut noter la présence élégante d’ Olindo Cavadini, acteur généreux et solaire ; et particulièrement la place du corps dansant, comme la résurgence d’une époque très ancienne de notre culture méditerranéenne.
Ce qui m’a touchée c’est de sentir palpable la lente, la violente et nécessaire métamorphose d’un homme qui a choisi de vivre debout sa création, prenant de face les tourmentes puissantes de la vie, jusqu’à devenir en lui-même, un prince de théâtre. Une très belle audace. A ne pas louper au prochain festival !
Madeleine Esther
Julie est comme elle est, et elle va vous en parler. Vous parler d’elle, vous parler de vous, vous parler de vos proches… Vous parler humain.nnRire, pleurer, hurler, interroger, voyager… Une heure et quart que vous n’oublierez peut-être pas de sitôt.
Il est plein de poésie, couleurs et d’humour.nSon spectacle est constitué de tableaux musicaux où chaque personnage fait partie d’un tableau et ainsi le fait vivre.nLa musique est le principal fil conducteur, au delà des paroles et des mots.., tout le monde comprend sa nationalité.
Au milieu de ses œuvres à taille humaine, un sculpteur modèle une femme en argile. Un danseur approche : à son tour il est recouvert de glaise…nSous l’envoûtement des sonorités tribales du percussionniste Pierre Thibaud, un dialoguennait entre les regards figés, pétris d’humanité, et le corps mouvant.nTribalité, contorsionnisme, possession, dépossession. Le danseur se laisse emporter dans lentourbillon de l’instinct et nous ensorcelle par une danse faisant écho à notre condition d’êtres de chair… et d’argile.nAnima veut brouiller les pistes et mettre nos repères en porte-à-faux.nNotre rapport au temps, à l’espace, au corps et à l’âme en est complètement bouleversé…
Le rire utilisé comme arme de réflexion massive.nAprès le succès de ‘Manger’, la Compagnie Zygomatic revient chatouiller notre conscience face à l’urgence climatique. Tout en poussant un peu plus loin son exploration du spectacle multiforme, les quatre comédiens tantôt danseurs, chanteurs, et mimes nous embarquent dans un road movie férocement drôle, fertile et libérateur.nEn somme, c’est un mariage entre comique absurde, humour grinçant et transmission de véritables enjeux scientifiques…
« L’Envol de la Fourmi » est une création atypique. A travers ce rêve fou d’apprendre à voler, des éléments très concrets de la vie des poules dessinent de drolatiques tableaux de notre humaine condition… Fourmi, clown un brin déséquilibrée, sensible et maladroite, tisse une complicité unique avec ses partenaires de jeu, comme un instant suspendu, une tranche de vie singulière où, dans la découverte de l’autre, les émotions traduisent les fragilités de l’existence. Et là, tout près du creux de soi, on découvre un monde où les poules dansent sur un fil et où la liberté devient celle que l’on se donne à soi-même.
Suite à un accident de voiture, lui, ex-rugbyman au verbe haut et chantant a besoin d’une aide à domicile et elle, ex-prof d’art plastique coincée, en rupture avec l’Éducation Nationale, est à la recherche d’un emploi.nChoc de culture, choc de deux mondes que tout oppose. Choc de deux solitudes, de deux handicapés des sentiments.nQui va céder ? Qui fera le premier pas ? Y a t-il un point commun entre une exposition d’art contemporain et une mêlée du tournoi des six nations ?nUne comédie sentimentale où l’on découvre que Toulouse-Lautrec n’est pas un match de rugby et que Cyrano n’est pas un joueur de l’équipe de Bergerac.
Spectacle du Collectif Form’action (84), vu à la Maison Jean Vilar (Avignon) le samedi 22 novembre 2025 à 15 h, dans le cadre d’une sortie de résidence.
- Auteur : Jean Vilar
- Metteurs en scène : Lucia Pozzi, Fabien Duprat
- Acteurs : Khalida AZAOM, Emmanuel BAILLET, Gianna CANOVA, Corinne DERIAN, Fabien DUPRAT, Lucia POZZI.
- Durée : 50 minutes
- Genre : Théâtre / Bouffonnerie
- Public : Tout public à partir de 15 ans
La Maison Jean Vilar a ouvert ses archives à l’actrice et metteuse en scène Lucia Pozzi. Elle y découvre une vingtaine de pièces écrites par l’homme de théâtre, fondateur du Festival d’Avignon dont la plupart n’a jamais été éditée, et aucune jouée. Belle découverte, car qui connaît Vilar auteur de pièces de théâtre ?!
« Il étouffe les perroquets » est donc jouée pour la première fois ce samedi 22 novembre par le collectif d’acteur-trices, Form’action, sous l’impulsion de Lucia Pozzi, actrice et metteuse en scène. Depuis deux ans, ce collectif se retrouve une fois par mois dans différents théâtres d’Avignon, pour travailler leur art d’acteur et d’actrice.
La pièce est courte, une vingtaine de pages. Jean Vilar s’est inspiré d’un conte de Charles Monselet, critique littéraire et homme de lettres parisien de la fin du XIXème siècle.
Cette bouffonnerie, selon les notes de l’auteur lui-même, qui rêvait d’un théâtre moderne et vraiment populaire, s’inscrit sur un thème beaucoup plus grave qu’il n’y paraît, l’alcoolisme et ses dérives. En effet, « Étouffer les perroquets » signifie « s’enfiler un godet d’absinthe derrière la cravate ». La couleur verte du plumage de l’oiseau faisant référence au vert bien connu de cette boisson très répandue dans les classes populaires, et qui fut interdite officiellement dès 1915 à cause de sa toxicité avérée.
La grande originalité de la proposition de Lucia Pozzi est d’être montée dans la même soirée, successivement par deux metteurs-e en scène, chacun présentant sa vision personnelle de cet étonnant ouvrage littéraire, avec une distribution commune de 6 comédiens. Deux pièces en une !
Et, je dois dire, pour mon plus grand bonheur.
Les deux metteurs en scène ont travaillé en complicité, et ça se voit. Il n’y a pas de redondances. Chacun développe son style propre, s’autorisant une liberté de lecture réjouissante, quitte à modifier le texte de ci de là.
Fabien Duprat ouvre le bal avec une première version de la pièce totalement déjantée. L’univers (ici très symbolique) de l’hôpital psychiatrique qu’il colle à la pièce, lui permet de renverser les conventions. L’alcoolique n’est plus un homme mais une femme. Cette jeune comtesse trompe un ennui mortel en dialoguant autour de la bouteille tant convoitée, avec son double. Cette sorte de « moi » tantôt partenaire de boisson, tantôt contrôleur et censeur est l’occasion d’un jeu chorégraphique savoureux. Alors que l’homme, nommé XY, devient infirmier psychiatrique en proie à un soliloque avec un double/machine créant une relation parfois bien intime et audacieuse.
Lucia Pozzi, elle, renoue avec la tradition du clown qu’elle connaît bien. Elle s’est formée et a longtemps travaillé au Piccolo Téatro de Milano auprès de Georges Strelher. Elle abolit le quatrième mur, et nous plonge dans l’univers burlesque de deux femmes clowns, regardant ce monde étrange des adultes à travers l’innocence supposée de leurs yeux d’enfants.
Et voilà comment ce petit argument de pièce est porté avec brio par une bande d’acteurs expérimentés, tous excellents, maîtres et maîtresses de leur art, joyeux, impertinents, inventifs, nous contaminant de leur vitalité. Sur le plateau, l’élégance du minimum nécessaire, un guéridon, plus ou moins deux chaises. Ici, c’est le jeu qui prime. Les didascalies dites à haute voix par les metteurs en scène présents dans le jeu suffisent à activer nos imaginaires.
J’ai ri de voir ces personnages en prise avec leurs travers, et je me suis régalée de cette qualité d’acteurs matures, qui joue si sérieusement les dérives humaines, sans se prendre au sérieux. J’ai pensé à Charlie Chaplin, Buster Keaton, le cinéma muet, la Commedia Dell’Arte. C’est intelligent, c’est drôle parce qu’intelligent. Il faut cette qualité d’acteurs, qui vient souvent avec la maturité, pour faire passer autant de finesse et de niveaux de lectures, mine de rien.
Je me suis dit que des élèves de lycées à option théâtre auraient grand bénéfice à rencontrer cette « troupe » là, et à interroger, à partir de ce petit bijou sans prétention de Jean Vilar, ce qu’est une mise en scène, ce qu’est une dramaturgie, ce qu’est une vision d’artiste, ce qu’est un jeu d’acteur. Voilà qui ferait un bien joli projet !
En attendant, espérons que la Maison Jean Vilar renouvellera l’invitation à cette troupe de circonstance, pour offrir de nouveau à son public cette farce étonnante si prestement menée, pour notre plus grande joie.
Madeleine ESTHER
Spectacle de la Compagnie Triptyk Théâtre (30), vu le 27 septembre à 19 h 30 au Musée Campredon à l’Isle-sur-la-Sorgue (84), dans le cadre du festival « Trace de poète ».
- Lectrice : Jennifer Cafacci
- Lecteur : Claude Attia
- Musique : Guitare, composition interprétation : Franck Passelaigue
- Public : Adulte
- Genre : Lecture/performance
- Durée : 1 h 15
La belle ville de L’Isle-sur-la-Sorgue (84) accueillait pour la 13ième année le festival « Trace de poète ». Au détour d’une ruelle, sur la placette devant le Musée Campredon, une trentaine de spectateurs et spectatrices s’étaient regroupé-e-s le soir tombant et déjà frais, pour écouter la lecture musicale. Un moment hors du temps.
La lecture musicale s’adresse autant à l’oreille qu’aux yeux. Par les quelques lettres choisies dans la correspondance de deux grandes personnalités du XXème siècle, Albert Camus, écrivain, et Maria Casarès, actrice, nous entrons dans leur intimité, « comme par effraction » écrit Jennifer Cafacci, comédienne et lectrice à l’initiative du projet.
L’amour, le désir, l’attraction des corps et des cœurs dans l’absence et l’éloignement emplissent chaque page, chaque mot.
Car ces deux êtres s’aiment. Eux qui ont en partage l’exil d’une terre natale et chérie. L’un venu d’Algérie, l’autre d’Espagne.
Je n’avais pas perçu avec autant de force quelle femme indépendante était Maria Casarès. Je la connaissais mélancolique et malheureuse en amour dans « Les Enfants du paradis » de Marcel Carné, ou fatale, sombre et maléfique dans le film de Cocteau « Le Testament d’Orphée » où elle joue la mort. Ici, rien de tel. Sa libre pensée, son penchant pour le rêve, et son amour de la mer, d’une sensualité frémissante, m’ont impressionnée. Comme cette lettre où elle évoque sa lutte contre les vagues de l’océan qui tentent de l’emporter dans leurs courants souterrains, la laissant épuisée, vaincue, blessée, écorchée, humiliée sur le rivage, mais heureuse. Des mots simples et une spontanéité de ton où elle parle de cette joute physique, sensuelle, sauvage, qui la relie aux éléments.
Pour Camus, Prix Nobel de littérature en 1957, c’est un homme amoureux, attentif, qui écrit. Un homme qui appelle celle qu’il aime, qui se languit d’elle, et dit son amour sans détours. Fragile, doux et vulnérable.
Il est aussi question de théâtre, cette passion qu’ils avaient en commun. La lettre où Camus raconte un voyage éclair à Londres, où se monte une de ses pièces, est très drôle.
J’ai ainsi découvert des facettes plus subtiles et inédites de ces deux figures très médiatiques. Et c’est une surprise bien savoureuse.
Les deux lecteurs et lectrice, Jennifer Cafacci et Claude Attia ont trouvé le ton juste pour nous faire entendre ces deux voix. C’est élégant, simple, sans emphase, malicieux, et enjoué. Tout à la fois incarné, mais pas trop, joué mais pas trop. Un bel équilibre qui nous emporte dans leurs élans complices. Évitant tout voyeurisme.
Par moment, il m’a semblé même entendre la voix d’Albert Camus, et voir devant moi Maria Casarès. Troublantes hallucinations.
Le plateau est magnifiquement sobre, deux micros, des guitares, trois pupitres. Des artistes dans la lumière. Et c’est tout.
La musique est fortement présente. Franck Passelaigue et ses guitares nous offrent une composition très originale, souvent inspirée. Pas d’illustration, mais un paysage sonore sur lequel on voyage comme une barque sur un fleuve, et qui se mêle délicatement à la voix de chaque comédien. Parfois même la submergeant.
Le charme de ce spectacle/performance opère, et il est déjà question qu’il soit programmé lors du prochain Festival d’Avignon. Si c’est le cas, surtout ne le manquez pas ! C’est une véritable oasis !
Madeleine Esther
Spectacle de la Compagnie du Bredin (54), vu au théâtre Présence Pasteur le 23 juillet à 13 h, dans le cadre du festival d’Avignon 2025.
- Texte et mise en scène :Laurent Vacher
- Avec : Odja LLorca, Marie-Aude Weiss, Philippe Thibault
- Musique : Philippe Thibault
- Dramaturgie : Pauline Thimonier
- Lumières : Victor Egéa
- Durée : 1 h 05
- Public : A partir de 14 ans
Je m’attendais à voir un spectacle avec costumes et références historiques sur la vie de Louise Michel, grande figure de la commune de Paris, anarchiste et féministe. Eh bien non ! Rien de tout ça.
Sur scène, les instruments de musiques semblent se préparer à un concert de rock plutôt qu’à un spectacle historique. Dés le début du spectacle, Laurent Vacher, le metteur en scène, prend la parole et nous explique de quoi il va en retourner. D’accord pour Louise Michel et sa révolte. Mais lui, il aime bien savoir ce que les autres en pensent. Il associe révolte, injustice et sentiment de colère. Ce qui le questionne, c’est la colère des femmes aujourd’hui. Où l’expriment-elles ? Qu’en disent-elles ? Qu’en font-elles ?
Le ton est donné. Ce sera une parole résolument contemporaine, au plus près des gens, de nous, de notre époque. Louise Michel est bien là, mais en substance, elle flotte dans l’air. Sa pensée se mêle à d’autres citations lors de quelques échanges avec le public. C’est comme si, absente, elle nous écoutait.
Pendant plus d’une heure les deux comédiennes/chanteuses, Marie-Aude Weiss et Odja Llorca vont nous régaler, accompagnées en musique par Philippe Tibault, d’une série de témoignages réalisés en amont du spectacle, auprès de femmes de toutes conditions, et rencontrées dans divers lieux de la ville où réside la compagnie.
Pas en lecture. Non, non. Elles ont appris les textes, comme on apprend des rôles au théâtre. C’est impressionnant. Elles en restituent les gestes, le ton, l’ambiance, les silences, les mimiques, les regards. C’est souvent drôle, parfois désolant. Et c’est superbe de porter sur le plateau du théâtre et rendre publique ces paroles de femmes, intimes, souvent tues, saisies au vol. De la colère ? Oui, elles en ont plein. Le plus souvent, elles la garde en elles. Parfois, elle déborde, décalée. Alors, elles se jugent. Se reprennent, et continuent leur train-train quotidien.
C’est un spectacle rempli de fraternité, qui laisse pointer un sentiment de révolte sourde. Un spectacle qui veut porter un regard lucide sur ce qui meut son prochain. Pour tenter de comprendre.Un concert/reportage/tribune/conférence/théâtral. Un objet hybride, très identifié. Une création qui mélange les genres, totalement juste par rapport à son projet et pour notre plus grand plaisir.
Madeleine Esther