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L’Éclipse de la Taupe n’est pas une simple pièce de théâtre, c’est une autopsie de l’âme en plein désert. Librement inspirée de l’univers d’Alejandro Jodorowsky, l’œuvre retrace le parcours d’un flingueur mystique qui doit vaincre les quatre Maîtres de l’Illusion pour atteindre la connaissance suprême.

Entre rituels de sang (simulé), cirque macabre et théâtre de la cruauté, le spectateur est invité à une transe collective. La mise en scène de Luna Maras utilise des matériaux bruts — terre, verre, et flammes — pour transformer le plateau en un espace sacré où l’ego vient mourir afin que l’homme puisse enfin voir.

Un spectacle poétique musical proposé par la compagnie Un peu de poésie (84) et le cercle des poètes d’Avignon, vu le dimanche 19 avril 2026 au Théâtre des Vents, rue Guillaume Puy, à Avignon

Ce spectacle poétique nous emmène sur les petits chemins de la vie au fil des mots inspirés et délicats d’un collectif inspiré, soutenu par la musique de Johan Huau. Puis dans un deuxième temps, la poésie de Mariana Schieber nous transporte, toujours accompagnée par Johan Huau, pour enfin conclure sur la lecture de textes de Fanny Inesta par Stéphane Roux qui ne manquera pas de chanter quelques mots enjôleurs. Un beau voyage en trois étapes.

La scène est ouverte, et y trônent un piano, une petite table avec un encrier et sa plume, on sent déjà de la délicatesse dans cet agencement.

Les personnages tous immaculés dans leur tenue blanche, vont entrer en scène les uns après les autres pour ne plus faire qu’un, enchevêtrant leurs propos dans un récit unique qui part de l’aube du jour naissant pour y ressentir le souffle de la liberté et s’en aller jusqu’à l’Afrique et ses griots.

La fluidité et l’inspiration des mots choisis par chacun appellent le voyage intérieur et transportent vers le rêve, pour finir dans une danse de la pluie percussive.

Seconde étape du voyage, soutenus par les claviers de Johan Huau quelques poèmes de et portés par Mariana Schieber nous donneront chaud à l’âme. Notamment quand sa plume délicate évoquera ses parents ou rendra un très bel hommage à Aragon et René Char.

Dernière étape, Stéphane Roux nous lira avec beaucoup d’inspiration deux nouvelles de Fanny Inesta dont le style cinématographique pour la première et le charme d’une fable animale pour la seconde nous proposeront deux ambiances singulières et captivantes.

Chronique réalisée dans le cadre du partenariat avec l’Université d’Avignon et avec les étudiants du Master 1ère année, Parcours Arts et Techniques des Publics, mention Culture et Communication.

David Levet

Spectacle de la compagnie Deraïdenz (84) vu le 11 avril 2026 à 11h00 à la maison Jean Villar (84) dans le cadre de Festo Pitcho. Première publique

Très content de venir découvrir cette première publique de la jeune compagnie Avignonnaise Déraïdenz, porteuse d’un univers qui lui est très personnel, mêlant esthétique soignée, poésie et images chic et choc dans une grande générosité.

Au pas cadencé et avec des mots rythmés, scandés à pleine bouche, voici deux personnages identiques qui investissent la scène, composée d’un décor associant bois et tissus façon patchwork, jusqu’au costume des comédiennes. Elles nous racontent l’histoire de Marjoline, jeune fille fascinée par son image et tentent par là même d’inventer un nouveau « classique »  du conte pour enfant.

La compagnie nous offre un conte où je me suis laissé glisser tranquillement, aspiré par les images, le rythme et la richesse visuelle des comédiennes, des marionnettes et des dispositifs de mise en scène simples et efficaces. Et c’est réussi.

Les deux comédiennes miroir occupent l’espace et rythment l’air avec efficacité et m’ont laissé me perdre dans cette poésie visuelle, à la fois douce et tonique. On y parle mythologie bien sûr, mais je n’ai pas recherché à suivre le fil rationnel pour tenter de comprendre. Je suis passé de l’autre côté du miroir avec ses papillons légers et cette touche très Déraïdenz.

Un spectacle tout terrain, qui peut se jouer même dans une salle non équipée, et vous apporte toute la magie et la poésie d’un théâtre inventif.

Eric Jalabert

Photo serge Gutwirth

POISON

Spectacle proposé par la Cie de l’Arbre qui marche (75) et vu au théâtre « Pierre de Lune à Avignon le 18 avril 2026

. Auteur : Lot Wekemans

. Mise en scène : Hugues Boucher

. Comédiens : Sophie Legrand et Philippe Maymat

. Genre : Théâtre contemporain

. Public : A partir de 12 ans

. Durée : 1 h 05

 

Une femme a donné rendez-vous à son ex pour une obscure histoire de produits chimiques déversés dans le cimetière abritant un défunt proche à tous deux

Le décor est épuré, seul le jeu des acteurs est d’importance. On devinera bien vite, au gré de leur conversation malhabile, consécutive à 5 ans d’éloignement, que le défunt est leur fils, victime hier (5 ans, ça reste toujours hier lorsqu’on perd un enfant) d’un accident de la route.

La mère, visiblement, n’a pas fait son deuil ; lui, apparemment, aurait tourné la page en se remariant. Il est sur le point d’être à nouveau père.

La souffrance demeure mais la complicité prend le dessus, les souvenirs affluent chez l’un et l’autre. La question se pose alors : une renaissance pour cette femme blessée est-elle possible ?

Ils sont à l’unisson lorsqu’ils se remémorent des souvenirs de ce bonheur passé, mais la tension reprend le dessus dès qu’elle aborde sa souffrance, cette résilience qui ne vient pas, cette douleur de chaque jour qu’elle ne parvient pas à maîtriser malgré toutes ses tentatives. Lui, toujours attendri par cette femme qu’il a aimé, se sentant un peu coupable sans doute, voudrait l’aider à retrouver le goût de la vie.

Tout au long de cet échange se succéderont des moments de complicité et de tendresse, et des déchirements inévitables.

Il lui faudra regagner l’estime de cette femme qu’il a aimé ; elle devra accepter que lui refasse sa vie en tournant la page. Ils devront recréer un lien pacifié.

Les mots sont justes, l’interprétation brillante et nous tient en haleine jusqu’à la fin du spectacle.

Ne manquez pas d’aller voir « Poison » au prochain Festival d’Avignon !

Evelyne Karam

 

 

Spectacle du Mylène Hals Trio (84) vu le 12/04/2026 à 17h00 au Théâtre des Vents d’Avignon (84)  

Le Mylène Hals Trio propose bien plus qu’un concert : une véritable traversée de la vie, sensible et nuancée, où les thèmes s’entrelacent avec une grande justesse. Au fil des morceaux, on passe de l’amour à la maternité, à nature, aux cultures du monde, à la place des femmes… Et puis, comme une promesse, le spectacle s’achève dans une énergie joyeuse, portée par un désir affirmé de « mettre de la couleur ».

Musicalement, le trio navigue avec élégance entre les registres. Ancré dans des rythmes jazz, le répertoire oscille entre douceur feutrée, poésie murmurée et envolées plus dansantes, parfois franchement entraînantes. Cette richesse rythmique maintient une attention constante, sans jamais rompre l’équilibre.

Au centre, Mylène Hals impressionne par sa présence scénique et la qualité de sa voix. Vêtue d’une petite robe noire rehaussée d’un haut rouge, elle incarne une élégance simple, au service de l’émotion. Elle ne se contente pas de chanter : elle s’accompagne parfois au piano électrique et s’aventure même à la contrebasse, ajoutant une dimension supplémentaire à sa performance. À ses côtés, ses deux musiciens, un contrebassiste qui passe également à la guitare, et un batteur dont la complicité avec la contrebasse offre un moment particulièrement marquant, d’une grande finesse.

Ce concert, donné à l’occasion de la sortie de leur disque En couleur en avril 2026, mêle créations originales et reprises revisitées avec personnalité. Il y a entre autres, leur interprétation de « J’ai rendez-vous avec vous » de Georges Brassens, un clin d’œil à Claude Nougaro, ainsi qu’un moment suspendu avec « Sur le chemin des mots » d’Anne Sylvestre.

Au final, les 1h20 passent sans que l’on s’en aperçoive. Le Mylène Hals Trio séduit par sa sincérité et sa générosité. Un trio qui gagne incontestablement à être connu.

JDM

 

 

Spectacle proposé par La Maison Danse CDCN Uzès (30) vu le 6 avril 2026 au Pont du Gard dans le cadre de « Pâques au Pont » 

Conception Production Xx : Julie Botet, Max Gomard, Philomène Jander, Zoé Lakhnati, Simon Le Borgne, Ulysse Zangs

Création Musique :  Ulysse Zangs

Interprétation : Julie Botet, Max Gomard, Philomène Jander, Simon Le Borgne, Vladimir Babinchuk-Outerelo

Durée : 30 mn

Public : Tout public dès 8 ans

 

Comme chaque année, ou presque, le soleil est bien présent pour ce rendez-vous fêtant l’arrivée du printemps sur le site du Pont du Gard. Je retrouve avec plaisir le marché de producteurs, les déambulations, les chorales locales qui côtoient les spectacles professionnels dans un joyeux mélange célébrant le spectacle vivant. C’est sans nul doute un temps fort gardois au cours duquel se retrouvent locaux et touristes pour se réjouir et rire ensemble, chanter ensemble, pique-niquer et déguster ensemble, pour la plus grande joie des petits et des grands. J’ai été tout particulièrement séduite par la prestation de fin de journée de cinq danseurs et danseuses dans ce spectacle proposé par la Maison Danse d’Uzes.

 

Il est 16h30, après avoir bien profité de cette splendide journée, les spectateurs commencent à regagner leur voiture quand ils sont intrigués par le cheminement des cinq jeunes interprètes, regards fixes, avançant en une ligne serrée. Ils marchent très lentement, rien ne semble pourtant pouvoir les arrêter. Nous commençons à percevoir d’imperceptibles mouvements de leurs bras, leurs mains s’entremêlent. Ils semblent avoir besoin de se rassurer, de rester soudés car les sentiments qui les habitent et se lisent sur leur visage apparaissent plutôt inquiétants. Ils sont souvent rattrapés dans leurs déséquilibres,  allant soudain jusqu’à la chute, mais se soutenant toujours les uns les autres.

Des objets se mettent à tomber de leurs vêtements, comme sortis de nulle part. Incongrus, surprenants : une rubalise « fragile », comme notre humanité, des jouets d’enfants, de la farine, des bombes aérosol, un parapluie, des fleurs …un foisonnement iconoclaste qui jonchera le sol après leur passage. Autant de symboles de nos vies éphémères et de ce que nous laisserons derrière nous.

Des ambiances musicales changeantes accompagnent cette marche hypnotique, voguant de Marie Laforêt à l’électro en passant par Salvatore Adamo et des bruissements de la nature. Ces morceaux choisis viennent ainsi connecter nos émotions. Et lorsque les marcheurs s’approchent des spectateurs ceux-ci s’écartent pour les laisser passer. Rien ne peut arrêter la marche du monde semblent ils nous dire. Mais peut-être emporterons nous chacun en cette fin de journée un peu plus de conscience de ce qui compte vraiment.

Le choix de la lenteur, si peu dans l’air du temps, nous ramène elle aussi à l’essentiel. Ce soir beaucoup de nos congénères ont accepter de s’arrêter et de prendre le temps d’accueillir le message. Pour ma part j’ai été vraiment émue et touchée par cette prestation aussi salutaire que poétique.

Marie-Pierre HUSSON

Spectacle de Killian Couppey (84) vu le 03 avril 2026  au Théâtre de l’Observance à Avignon (84)

Dans ce spectacle déjanté, Alexandre et Romain nous embarquent dans une thérapie de couple pour le moins… atypique. Dès les premières minutes, le ton est donné : Romain, lui-même thérapeute et d’une radinerie assumée, refuse catégoriquement de payer des séances extérieures et décide de prendre les choses en main. Une idée qui ouvre la porte à une succession de scènes burlesques aussi inattendues que réjouissantes.
Le rythme est soutenu, les tableaux s’enchaînent avec une énergie communicative. Parmi eux, et ce ne sont là que quelques exemples, un passage de téléphone rose, une scène de suicide traitée sur un mode absurde, un enterrement décalé ou encore un repas tendre.
Sur scène, les deux comédiens impressionnent par leur aisance. Ils occupent l’espace avec une grande liberté, jouent avec le décor – une cuisine et un salon particulièrement soignés – et semblent capables de rebondir sur tout. Les imprévus, réels ou savamment orchestrés, sont intégrés avec une fluidité remarquable. À tel point qu’on en vient à se demander : est-ce de l’improvisation ou une illusion parfaitement maîtrisée ? Lorsque Romain interrompt parfois le jeu pour invoquer l’auteur et “revenir au texte”, le doute s’installe et devient un ressort comique à part entière.
Parmi les moments marquants, difficile de ne pas citer la scène du match de tennis, où Alexandre imite Rafael Nadal, ou encore celle où il danse le reggae. Ces instants témoignent du talent et de la générosité des interprètes.
Quelques réserves toutefois : certaines interactions avec le public, notamment lorsque Romain désigne une “grand-tante”, une mamie ou des “pouffiasses”, peuvent mettre mal à l’aise. De même, certaines scènes suggèrent des rapports sexuels, ce qui, associé à un vocabulaire parfois cru et un brin d’érotisme, pourra ne pas convenir à tous les publics.
En conclusion, voilà un spectacle très drôle, vivant et sans prise de tête, porté par des comédiens talentueux, idéal pour passer un bon moment entre amis ou en couple, à condition d’apprécier un humour sans filtre.
JDM

Spectacle de la compagnie BPM (94) vu le 29/03/2026 à 16h à La Scala Provence, Avignon (84)

Sur scène, le décor intrigue immédiatement : une planche sur des tréteaux, envahie d’un bric-à-brac d’objets du quotidien posés dessus, glissés dessous, éparpillés autour, et à proximité, une étagère tout aussi chargée. Rien n’est laissé au hasard dans ce capharnaüm organisé, qui devient le terrain de jeu des comédiens.

Au centre, un jeune homme, Frantz, est allongé au sol. Il dort. Puis, doucement, la journée commence. Sans un mot, par la seule force du mime, il enchaîne les gestes familiers : le réveil, le petit-déjeuner, la douche… À ses côtés, trois comédiens donnent vie à son quotidien par des bruitages réalisés en direct. Frantz enfourche ensuite sa trottinette imaginaire pour rejoindre son travail. La routine est là, douce et répétitive, comme figée depuis des années. Le spectateur traverse ainsi un lundi ordinaire.

À 23 h 15, le téléphone sonne : le père de Frantz est décédé. À partir de cet instant, sa vie bascule. Le spectacle gagne en intensité et en profondeur. À travers une succession de tableaux, le spectateur est invité à revivre les moments marquants du passé de Frantz, à découvrir ses blessures, tout en découvrant les répercussions de la perte de son père sur sa vie si routinière.

La gestuelle de l’interprète de Frantz est tout simplement remarquable : précise, expressive, habitée, parfois comique.

L’un des aspects les plus fascinants du spectacle réside dans son univers sonore entièrement fabriqué en direct. Ici, aucune bande-son : tout repose sur l’ingéniosité des comédiens, qui créent les bruitages à partir d’objets du quotidien, mais aussi avec leur bouche et leur corps. Cette mécanique artisanale est à la fois surprenante et d’une redoutable efficacité. Le réalisme est parfois saisissant, comme avec le cri des mouettes, qui transporte instantanément ailleurs. Ce travail sonore, précis et inventif, participe pleinement à la magie du spectacle et témoigne d’une véritable maîtrise collective.

La scène de la boîte de nuit constitue un moment particulièrement marquant. Sans aucun artifice technique ni musique enregistrée, les comédiens recréent une ambiance nocturne vibrante grâce aux bruitages et à leur présence scénique. Les sons, les rythmes et les pulsations prennent vie en direct, donnant l’illusion d’un véritable dancefloor.

Autre instant marquant : celui où père et fils semblent lutter contre le vent, une scène très réussie.

Le spectacle se déploie au fil de situations burlesques et clownesques, provoquant de francs éclats de rire.

Drôle, inventif, mais aussi tendre et émouvant, le spectacle touche juste. Le public ne s’y trompe pas : les applaudissements sont chaleureux et nourris. En sortant, un enfant glisse : « C’était trop bien ». Une spontanéité qui résume tout. À ne pas manquer.

JDM

Spectacle du groupe FL4MENCA (Séville-Espagne), vu le 26 mars 2026 à 20h au théâtre du Balcon à Avignon (84) dans le cadre du 25ème Festival Andalou 

Une salle comble, vibrante d’impatience. Autour de moi, on parle espagnol, il y a des habitués du festival, des passionnés de flamenco, mais aussi des curieux venus découvrir cet art incandescent.

Lorsque la scène s’éclaire, trois femmes, toutes vêtues de blanc, apparaissent. Elles sont assises : l’une à la guitare, une autre au chant, la troisième aux percussions. La danseuse les rejoint parée d’une robe magnifique aux multiples volants, prolongée d’une très longue traîne. Dès cet instant, le spectacle nous saisit.

Ce qui suit est une succession de tableaux aussi surprenants que maîtrisés. Les solos s’enchaînent : percussions envoûtantes, guitare vibrante, chant profond. Parfois seules, parfois à deux, trois ou quatre, elles dialoguent sans cesse. Un moment particulièrement marquant pour moi : lorsque la danseuse répond à la percussionniste, ses chaussures devenant elles-mêmes des instruments, martelant le sol avec précision.
Les styles se renouvellent sans cesse. Dans sa robe à traîne, la danseuse Helena Cueto munie d’un foulard, joue avec l’espace ; vêtue en toréador, elle incarne une force presque masculine, évoquant parfois la corrida. Puis, dans une robe noire, elle tournoie, encore et encore. La chanteuse, elle aussi, peut se mettre en mouvement, mêlant alors voix et danse. Les rythmes oscillent entre frénésie et douceur. Ce spectacle nous offre une version moderne et audacieuse du flamenco.

Le public ne s’y trompe pas : les « olé ! » fusent, les applaudissements ponctuent chaque performance. À la fin, la salle entière se lève, conquise, et applaudit à tout rompre. Et comme un cadeau, un bouquet final réunit nos quatre artistes et trois flamencos, dont Luis de la Carrasca, dans un moment improvisé, intense et unique. Le flamenco se révèle alors dans toute sa vérité : un art du partage, du lien et de l’émotion.

Je suis sortie profondément touchée, encore sous le charme de ces quatre femmes talentueuses. Un spectacle à ne pas manquer !

JDM

 

 

 

Spectacle de la compagnie Les Framboisiers (59) vu le 22/03/2026 à 16h au Théâtre Le Chapeau Rouge (84)

 

Valeur ajoutée : Dégustation thé + tartine de confiture ; rencontre avec les artistes avant scène 

À peine le spectateur s’assoit dans la salle qu’il se trouve dans un salon. Le théâtre Au chapeau rouge permet cette proximité immersive. Il n’y a pas de vie pour le moment, aucun signe humain, juste des objets d’un autre siècle. Et il y a cette chaise longue au fond de la scène couverte d’un tissu rouge qui retient mon attention. Elle est vide mais amène une forme de prestige. Puis la scène se remplit avec les quatre acteurs qui nous invitent dans un voyage.

Tout du long aucun objet ne va être déplacé ou très peu. Nous allons rester dans une pièce qui est semblable à un salon où l’on invite des amis, des compagnons. Mais cette même pièce va être comme transportée à travers le globe. Dans les premiers instants du récit, je ressens que je suis transporté en Afrique du Nord où l’image de l’albatros nous fait comme voler dans les airs. Ça me fait penser aux contes des Mille et une Nuits et d’Aladin avec son tapis volant.

Il y a une chaleur ambiante qui se dégage au fur et à mesure. Sûrement encore une fois par la proximité du public et de la scène mais surtout par la profondeur du récit. Puisque tout va très vite, l’on passe de séquence en séquence avec une forme de frénésie. Ce qui va très bien avec le personnage de Baudelaire qui est reconnu pour ses excès.

Une vitesse qui à un moment donné bascule. J’ai été imprégné par la scène qui traite de la dépression. La lumière projetée sur le visage du poète est à ce moment là verte. Ce qui est poignant. Elle provoque un vertige. Un moment dans la vie du poète où il y a peu de vie, peu de volonté. Cette lumière évocatrice et merveilleusement choisie est de nouveau présente dans la séquence sur le temps. Un temps qui file à vive allure et qui transforme l’humain comme une bestiole. Il court, court, s’arrête et devient fou. Et en même temps, davantage lucide.

Un moment fort qui m’a beaucoup parlé est cet instant choisi relatif à la mer. Il me parle particulièrement puisque j’ai moi aussi écrit un poème sur cet élément quand j’étais face à la mer à Gènes en janvier de cette année. Ici le poète est face au public, seul sur scène et parle avec poésie de cette reliance entre l’âme de l’eau et de l’humain. Il parle de cette énergie qui est force de volonté. Et qui parle de voyage. C’est un contraste assez fort entre les scènes du temps et de la dépression et celle-ci.

Cette création scénique est une fièvre sur la puissance de la vie. Le temps et la mort font partie du scénario mais finalement l’amour est encore plus fort.

 

Yann Stöhr