Spectacle produit par la compagnie Coïncidences Vocales (94), vu le 24/07/2025 à 14h50 au théâtre des GÉMEAUX (84) dans le cadre du festival off d’Avignon.
- Autrice : Estelle ANDREA
- Mise en scène : William Mesguich
- Interprètes : Estelle Andrea, Oscar Clark, Julien Clément, Magali Paliès
- Vidéo : Boris Carré
- Décoration : Thierry Deroche, Grégoire Lemoine
- Régie : Cécile Cadet, Bastien Lefort
- Type de public : Tout public à partir de 6 ans
- Genre : Théâtre musical
- Durée : 1h10
Un gardien laisse entrer une jeune femme qui s’installe près de la Joconde pour la dessiner. L’atmosphère est calme… Et soudain, surprise : la Joconde se met à parler ! Elle s’adresse à Lisa, la dessinatrice, et lui propose une chose incroyable : rencontrer Léonard de Vinci.
Mais Lisa ne veut pas partir sans son frère, Léo. Le voici qui arrive. Ensemble, les deux jeunes gens vont embarquer pour un voyage hors du temps, un bond de 500 ans en arrière. Il leur faudra tout de même troquer leurs vêtements modernes contre des habits de la Renaissance. Les voilà tous les trois – Lisa, Léo et la Joconde – partis pour une aventure de 48 heures à la rencontre du génie italien. Très vite, Léonard de Vinci s’intéresse aux deux jeunes visiteurs. Il dessine avec Lisa, la félicite. Il leur parle d’art, d’étymologie, de vis sans fin, de machines volantes.
Léon, de son côté, se sent souvent « nul », mauvais élève, sans talent particulier. Mais Léonard reconnaît en lui une qualité précieuse : la curiosité. Il lui propose même d’être son apprenti. De Vinci devient un maître bienveillant, un mentor. Sa devise est claire : obstination et rigueur. Mais l’ambition du spectacle n’est pas de retracer toute la vie de Léonard. Ces deux jours suffisent à bouleverser les certitudes et à semer des graines de confiance. Léon, avec son vocabulaire moderne, crée des situations cocasses. Par exemple, le mot gay, compris comme gai par le maître de la Renaissance – des scènes pleines d’humour et de tendresse.
La mise en scène est inventive. De grands panneaux placés derrière la Joconde s’écartent pour faire place à des projections, tout comme le fond de scène, où peuvent apparaître des symboles mystérieux, une nuit étoilée. Un immense bureau circulaire trône sur scène, recouvert de livres et d’écrits : un univers à l’image de Léonard. Le tout est ponctué de chants, qui entrecoupent les scènes et viennent renforcer l’émotion. La performance des comédiens est à saluer : vivante, sincère, généreuse.
À la fin du voyage, Lisa et Léo reviennent changés. Pleins d’espoir, riches de cette rencontre qui les a transformés, ils sont prêts à affronter leur vie avec une nouvelle énergie.
Un spectacle à voir en famille, une belle histoire, pleine de poésie et d’humanité, qui redonne confiance à ceux qui doutent d’eux-mêmes. Une leçon de vie.
JDM
Spectacle de la Compagnie du la compagnie ADA PRODUCTIONS (75) vu le 25/07/2025 à 19h50 au théâtre des Gémeaux (84) dans le cadre du festival d’Avignon
- Auteurs : Joseph Gallet, Elodie Wallace
- Mise en scène : Anne Bouvier
- Comédiens : Jean Fornerod, Jean Fornerod, Joseph Gallet, Mathilde Hennekinne, Marie Hélène Lentini
- Type de public : Tout public à partir de 7 ans
- Genre : Comédie
- Durée : 1h20
Le décor est constitué d’une enfilade de meubles bas de cuisine au fond de la scène, d’une table, quatre chaises et un grand réfrigérateur.
Tout commence avec un jeune homme fouillant dans les cartons de sa sœur partie en voyage. Il cherche de l’argent. Normal : elle lui doit 1000 francs. Il tombe sur une boîte contenant des billets… mais à ce moment-là, son père débarque ! Halte là : cet argent, c’est le sien ! Il le cache, car sa femme est une acheteuse compulsive.
Ne reste plus qu’une idée : vendre les BD de Tintin d’Ariane, la fameuse sœur. Ariane est partie il y a trois mois sans dire où elle allait, coupant les ponts avec sa famille. Mais voilà qu’ils apprennent qu’un mystérieux milliardaire argentin leur laisse un héritage de deux millions de francs ! À une condition : les quatre membres de la famille Demasure doivent aller signer les papiers… en Argentine !
Et les voilà à la recherche d’Ariane. La retrouveront ils ? Pourquoi cet héritage ?
S’engage alors une folle course pour retrouver Ariane. De continent en continent, de péripétie en péripétie, on suit cette famille improbable dans une épopée rocambolesque. On les retrouve en Égypte, devant les pyramides, au Tibet…
Les personnages sont hauts en couleur : le père, hypochondriaque, qui a la phobie de l’avion; la mère, accro au shopping et aux dépenses absurdes; le fils, obsédé par l’argent et le succès, qui a même écrit un livre sur le sujet; et la sœur, Ariane, qui a fui cette famille étouffante pour partir sur les traces de Tintin.
C’est drôle, c’est fin, c’est extrêmement bien joué. Et le plus bluffant ? Le décor, justement. Les meubles de cuisine se transforment en TGV, bateau, montagne, avion, camping-car… Le réfrigérateur, lui aussi, est souvent détourné, devenant par exemple une cabine téléphonique.
Je garde un souvenir fort de la scène d’escalade avec les sacs à dos : on y est, vraiment. La comédienne qui joue la sœur interprète une multitude de personnages avec talent, parfois avec un brin d’exagération, mais toujours avec énergie.
Ce voyage familial est aussi un chemin de transformation : des rencontres, des prises de conscience, des réconciliations. Et à la fin… tout finit bien. Cette famille est devenue une famille en or. C’est un vrai moment de divertissement, drôle, captivant, sans prise de tête.
À voir absolument, en famille !
JDM
Spectacle de la Compagnie du la compagnie Preuve d’Amour (75) vu le 25/07/2025 à 14h au théâtre Notre Dame (84) dans le cadre du festival d’Avignon
- Auteur : Charles-Henri Ménival
- Mise en scène : Bernard Pisani
- Comédiens : Juliane Boesch, Laura Elko, Charles-Henri Ménival
- Type de public : Tout public
- Genre : Comédie
- Durée : 1h15
La veille de son mariage, Mathilde est sous pression. Les préparatifs l’épuisent, mais elle s’apprête enfin à souffler un peu. C’était sans compter sur Maxime, son futur mari, psychiatre de profession, qui débarque en la pressant : sa bague a disparu. Un porte-bonheur auquel il tient énormément. Il l’accuse, la soupçonne, menace même d’annuler la noce si elle ne réapparaît pas. Mais que cache cette disparition ? Et surtout : vont-ils se marier ?
C’est le point de départ d’une enquête drôle, tendue, pleine de rebondissements, où les apparences se fissurent peu à peu pour laisser jaillir la vérité. Car ici, comme le rappelle le titre : « Il n’y a pas d’amour, il y a des preuves d’amour. »
L’intrigue est bien ficelée. On avance de surprise en surprise, dans un décor à la fois charmant et dynamique. Et pourtant, parfois, je me suis sentie un peu incrédule face à de tels oublis ou de si gros mensonges. Mais qu’importe : je me laisse prendre au jeu, happée par ce mélange des genres assumé : théâtre de boulevard, thriller psychologique, comédie, enquête… tout s’entrelace dans un joyeux tourbillon théâtral.
Et il y a aussi Juliette, la sœur fantasque de Mathilde, accompagnée de Monsieur Morse, une marionnette ventriloque à la langue bien pendue.
Mention spéciale à l’interprétation de Mathilde, pleine d’énergie et de nuances, parfois jusqu’à l’exagération, mais toujours sincère. Le jeu des comédiens est solide et complice.
Le décor est soigné, avec de beaux panneaux illustrant les toits de Paris. Les changements de scène se font en musique, accompagnés de chants et de danses qui apportent une touche de légèreté. On aimerait parfois que ces intermèdes musicaux durent plus longtemps.
Les costumes des années 60 ajoutent à l’ambiance rétro : robe de chambre élégante, tenues de ville… tout participe à cette atmosphère agréable et colorée.
Une comédie enlevée, drôle, rythmée, riche en surprises — où l’amour se joue, se cache, se prouve… ou pas.
Et souvenez-vous : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. »
JDM
Spectacle de la Compagnie RACINES DES ÉTOILES (75) vu le 25/07/2025 à 15h30 au théâtre du Tremplin (84) dans le cadre du festival d’Avignon
- Autrice : Brigitte Deruy
- Comédienne: Brigitte Deruy
- Composition musicale et interprétation: Mathilde Sternat
- Mise en scène : Brett Geneviève
- Composition : Mathilde Sternat
- Scénographie : Christel Grévy
- Décor et photographies : Aaris Deshayes
- Régie : Emmanuel Delaire
- Type de public : Adulte uniquement à partir de 15 ans
- Genre : Poésie
- Durée : 55 minutes
Ce n’est pas un spectacle comme les autres. Sur les ailes de l’Invisible, c’est une expérience. Un voyage sensoriel et méditatif qui nous emporte loin du tumulte quotidien, nous invitant à fermer les yeux — parfois même malgré nous — pour mieux ouvrir notre esprit.
Sur scène, Brigitte Duruy, drapée dans une somptueuse robe, donne voix à la poésie avec une élégance et une intensité qui captivent. À ses côtés, la musicienne Mathilde Sternat, au violoncelle, ponctue le récit de touches musicales délicates, envoûtantes… et prête aussi sa voix au spectacle. Son chant, tout en finesse, se mêle aux compositions originales dans un dialogue subtil entre texte et musique.
La scénographie nous enveloppe. Presque rien sur scène, de grands rideaux latéraux, des gros cailloux, un gros ballon…mais des visuels sublimes, des projections vidéo d’une grande beauté, forment un tableau en perpétuelle métamorphose. Tout est pensé, tout est soigné, jusqu’à la bande-son qui mêle musique, souffle, vibrations — une œuvre en soi.
Mais au-delà de la beauté plastique, le spectacle nous pousse à réfléchir. Il interroge notre place dans l’univers, notre lien à la matière, au vivant, à l’énergie. Poésie, musique, philosophie, physique quantique: tout se mêle avec une harmonie rare. Pendant 55 minutes, on quitte notre monde hypermatérialiste pour plonger dans une immersion contemplative, presque spirituelle. On touche l’infiniment grand et l’infiniment petit, suspendus sur les ailes de l’ange.
Si vous cherchez une expérience qui bouscule en douceur, qui élève l’âme tout en éblouissant les sens, alors n’hésitez pas. Ce spectacle se vit plus qu’il ne se regarde. Tentez l’expérience.
JDM
Spectacle de la compagnie In Extremis (59) vu le 18 juillet à 18h00 à la Scierie dans le cadre du festival Off d’Avignon – du 5 au 26 juillet, relâche les mardi.
- Texte : Virginie Despentes
- Mise en scène : Anne Conti
- Comédiens : Anne Conti
- Musiciens : Rémy Chatton et Vincent Le Noan
- Genre : Théâtre contemporain
- Type de public : Tout public à partir de 15 ans
- Durée : 1h00
Salle comble dans le grand hangar de la Scierie. Un couple d’ami.e.s m’a parlé de ce spectacle « coup de poing » et je voulais me faire mon avis, d’autant que je suis fan de Virginie Despentes et de sa langue bien pendue…
Le plateau est baigné d’une lumière qui vient face au public, et nous plonge dans un brouillard scénique éblouissant avant que les deux musiciens sur scène (guitare / violoncelle – percussion ) nous ouvrent avec vacarme les portes de la tête de Virginie Despentes.
Car c’est de son texte qu’il s’agit, de ses mots et de sa vision, de son état et de celui du monde. Sa voix nous parle clairement : « elle a la tête pleine de flics qui font de l’auto-contrôle » et elle zigzague entre les affres de la vie, nous rappelle le constat que nous connaissons tous (non, pas tous…), sur le colonialisme, le patriarcat, le capitalisme et sur tout ce qui en découle, bien sûr, mais elle nous parle à chacun de nous, en tant qu’êtres humains responsables. À l’image de « cher Connard » (paru en 2022), où je pensais prendre un bon poing dans la gueule, mais où avec l’âge (c’est elle qui le dit, vous pensez bien, je ne me serais pas permis), elle ne cherche plus forcément le combat, mais plutôt la douceur et la bienveillance. Et ce texte est dans cette veine.
Et pour porter ce texte dense, pour changer de narration collective, pour soulager les culpabilités toxiques, Anne Conti a choisi une mise en scène un peu punk où musique et texte se mêlent, où le décor décomposé se recompose pour offrir des images fortes et où les deux musiciens jouent avec la voix de Anne Conti / Virginie Despentes, pour construire de l’espoir et de la poésie sur ce champs de bataille.
Je trouve que ce spectacle fait partie des « nouveaux récits » qui me semblent indispensables pour sortir de ce merdier !
Eric jalabert
Spectacle de la compagnie Pyramid (17) vu le 22 juillet à 17h15 à l’Espace Alya dans le cadre du festival Off d’Avignon – du 5 au 26 juillet, relâche les mercredi.
- Chorégraphie : Fouad Kouchy et Youssef Bel Baraka
- Interprètes : Mickael Alberi – Wilfried Ebongue Moungui – Mélinda Espinoza – Tengis Jambaatsadmid – Fabio Labianca – Léa Misseri – Rudy Torres –
- Genre: Danse contemporaine
- Type de public : Tout public à partir de 6 ans
- Durée : 1h00
Salle comble pour cette nouvelle création et un petit préambule avant le spectacle pour préciser qu’il s’agissait d’une fresque de sensations portée par la poésie des corps, un voyage aux accents turques pour 6 voyageurs en quête.
Et voilà nos voyageurs du monde arrivant sur le plateau noir, éclairés uniquement par leurs portables et chargés d’énormes sacs à dos aux formes rebondis. Je me laisse envahir par ces images, ces flashs au noir pour composer d’autres images en jouant et rebondissant avec ces sacs. La musique très présente, aux accents techno orientaux, imbibe ce hip-hop de danses traditionnelles sur ce grand plateau nu. C’est somptueux.
J’y ai vu des tissus entrelacés ou les corps s’entremêlent de façon régulière, j’y ai vu des particules dansantes comme des feux follets, et je n’ai pas toujours tenté de relier ces images à ma rationalité. Ça fait du bien.
Et cela s’enchaîne, trouvant toujours de nouvelles images fortes autour du thème du voyage, jouant avec leurs sacs, leurs chaussures et leurs corps. C’est technique, très physique et élégant, teinté d’un brun d’humour, et un présence magnifique de ces 6 artistes.
Je me suis laissé embarqué dans ces images, moi qui me dis pourtant peu sensible à la danse dans les arts vivants.
A découvrir sans hésitation.
Eric Jalabert
Spectacle de de la compagnie Circus Baobab vu le 23/07/2025 à la Scala Provence (84) à 14h10 dans le cadre du festival Off d’Avignon
- Artistes: 6 artistes de cirque guinéennes, 2 porteurs et 1 voltigeur guinéens, Kadiatou Camara, Mamadama Camara, Yarie Camara, Mariama Ciré Soumah, M’Mah Soumah, M’Mah Sylla, Djibril Coumbassa, Amara Tambassa, Mohamed Touré
- Direction artistique : Kerfalla Camara
- Mise en Scène et Scénographie: Yann Ecauvre
- Producteur délégué : Richard Djoudi
- Intervenants cirque : Julie Delaire & Mehdi Azéma
- Création musicale et sonore : Yann Ecauvre et Mehdi Azéma
- Chorégraphie collective : Yann Ecauvre, Mehdi Azéma, Julie Delaire, Mouna Nemri & les artistes
- Création Lumière : Jean-Marie Prouvèze
- Création de costumes : Solenne Capmas
- Type de public : Tout public à partir de 12 ans
- Genre : Cirque contemporain
- Durée : 1h10
J’avais vu Yé, le précédent spectacle du Circus Baobab, cette troupe du cirque social, solidaire et citoyen venue de Guinée. Un spectacle porté par des hommes. Je ne voulais surtout pas rater leur nouvelle création, YongoYely, cette fois entièrement portée par des femmes.
Le rideau s’ouvre. Sur scène, des femmes — mais aussi quelques hommes — vêtus de vêtements de sport colorés, tous différents. Certaines portent des jupes. Tous sont debout sur des parpaings, qu’ils quittent un à un. Le béton, c’est celui des villes. Alors qu’une femme porte déjà un parpaings sur la tête, un homme lui en rajoute un deuxième. Elle s’effondre. Le poids est trop lourd. Le poids symbolique que portent les femmes est ici rendu terriblement concret.
Le spectacle se construit dans une scénographie brute : pas de décors, si ce n’est ces parpaings et quelques grumes (petits troncs d’arbre guinéens). Pas d’accroche, pas d’aubans. Il y aussi un fouet (utilisé en Guinée pour effrayer les oiseaux). Ils caleront ces grumes sur les parpaings pour créer des appuis instables, mais suffisants, et exécuteront dessus des figures acrobatiques vertigineuses. Rien n’est facilité, tout est gagné avec ingéniosité et bravoure.
La bande-son mêle des chants africains, des silences, et une voix de femme de là-bas, qui parle des femmes. Mais on ne comprend pas toujours ses mots : l’accent, les bruits, le micro mal réglé peut-être… Peu importe. Les mots se perdent comme se perdent parfois les paroles des femmes dans nos sociétés.
À neuf sur scène — six femmes et trois hommes — ils nous offrent un répertoire impressionnant : barre russe, fouet, mat chinois, portés acrobatiques, acrobaties au sol, contorsions, danses traditionnelles et contemporaines, krump, et aussi chant, pyramides humaines, équilibres… C’est riche, varié, intense. Et c’est aussi très physique.
À plusieurs moments, la tension est palpable. Une femme, en équilibre entre deux barres tenues à bout de bras par ses partenaires, les pieds et les mains posés à l’horizontale, le ventre offert au vide. Un acrobate grimpe sur elle. J’ai retenu mon souffle, partagé entre admiration et peur. Le premier claquement du fouet m’a fait sursauter. Le geste est ample, le fouet long, très long. Il fend l’air, s’approche du public. Une mimique, un sourire de la circassienne : « Je vous ai fait peur, non ? » — oui, clairement. Le message est puissant : les femmes sont chargées, brutalisées, poussées. Mais elles résistent, tombent, se relèvent, s’élèvent. Elles transforment la contrainte en puissance.
Le final est particulièrement marquant. Les femmes apparaissent en rouge, les autres en costumes de squelette. Pour moi, les squelettes incarnent la mort, la fin d’un cycle, l’abolition d’un système oppressif. Le rouge, c’est le pouvoir, celui que les femmes reconquièrent. Un signal fort, et en même temps, plein d’optimisme.
Et puis, il y a ce dernier geste : le mur de parpaings qui s’effondre. Il était une frontière, une oppression. Sa chute résonne comme une libération. Le mur tombe, et avec lui tombent les entraves. L’image est simple, mais bouleversante.
YongoYely ne se contente pas de montrer des prouesses : il porte un message, il interpelle, il questionne. C’est un cirque qui parle de la vie, du combat des femmes, de leur puissance, de leur résilience.
À ne pas rater.
JDM
Spectacle de la Busan Cultural Foundation (République de Corée), vu le vendredi 25 juillet à 12h35 au l’Espafe Alya dans le cadre du Festival d’Avignon 2025.
- De : Seokmin Heo
- Avec : Seonghyeon Jeong, Geon Kim, Kyeongjin Lee, Jungseung Song
- Mise en scène : Seokmin Heo
- Création lumière : Sehyun Cho
- Direction technique : Sehwi Kim
- Régie : Seunghwan Kim
- Coordination : Sijin Kim
- Genre : Théâte contemporain
- Public : Tout Public (à partir de 15 ans)
- Durée : 1h
- Langue : Coréen sur-titré en français
Un huisclos haletant et poignant au milieu de l’océan.
En pénétrant dans la salle de l’espace Alya, le spectateur est instantanément transporté à l’intérieur d’un conteneur. Ce dernier se trouve à bord d’un navire reliant principalement la Chine et les Etats-Unis. Un mystérieux « aide » courtier fait croire à des réfugiés et des migrants illégaux qu’il les aidera à rejoindre l’Amérique sain et sauf, mais en réalité il a pour mission de les tuer. Ceux qui lui donnent les ordres le manipulent et utilisent sa peur du monde extérieur pour le transformer en tueur. Une fois la vérité découverte, les passagers vont essayer ensemble de survivre à ce conteneur.
Dans ce huis clos haletant et poignant, le conteneur est aussi physique que métaphorique. Cet espace étriqué à bord duquel ils embarquent tous en quête de vérité représente la société. Tant celle qu’ils fuient que celle qu’ils rêvent de rejoindre et qu’ils pensent si différente et libératrice. Mais est-ce vraiment la liberté qui les attend ? Ou s’apprêtent-ils à nouveau de voir leurs illusions brisées ?
Chaque personnage, brillamment incarné par les talentueux comédiens, représente diverses perceptions de la liberté. Certains cherchent le bonheur, d’autres l’argent, d’autres encore ne soupirent qu’à se fondre dans la masse d’un système capitaliste pour être tranquille. Ils ont tous des visions différentes de la société, particulièrement entre le passeur les deux premiers arrivants, Euncheon et Gabok, et Jeongjae, qui est un criminel sud-coréen. Ce dernier a beaucoup de mal à s’adapter aux autres, parce qu’ils viennent du nord.
Sur scène, l’espace du conteneur est défini au sol par des traces de craie et les maigres possessions des passagers. On ressent pourtant parfaitement l’étroitesse de ce lieu que les personnages doivent arpenter durant douze jours. Une lampe unique descend du plafond et se balance doucement, comme si elle se mouvait tellement au gré de l’océan.
Le rythme très intense de l’histoire et le suspense de savoir si les passagers vont s’en sortir, permet de maintenir avec intensité l’attention du public du début à la fin du spectacle. Assis tout au bord de son siège, on retient son souffle à chaque nouveau rebondissement, en espérant de tout cœur que la fin de ces personnages, à qui on sleep déjà attaché, sera heureuse.
Container est un spectacle touchant, au cœur duquel on retrouve l’empathie. L’empathie que les personnages se démontrent les uns aux autres, l’empathie que les spectateurs ressentent pour les personnages, malgré leurs mensonges et leurs erreurs. On rit avec eux, on pleure pour eux, et on rêve de leur liberté.
Marceline WEGROWE
Spectacle de la Compagnie du Capitaine (34), vu le jeudi 24 juillet à 18h50 au Théâtre de l’Atelier Florentin dans le cadre du Festival Off d’Avignon 2025.
- De : Julien Masdoua
- Avec : Lizia Bousquet, Vincent Cal, Fiona Della-Porta, Lucia Izoird, Julien Masdoua, Gilles Serna, Marion Trintignant
- Mise en scène : Julien Masdoua
- Création lumière : Fabien Montagné
- Collaboration artistique : Valérie Quesnel, Mehdi Benabdelouhab, Tom Duquesne, Claire Vast
- Public : Tout Public (à partir de 10 ans)
- Durée : 1h20
Avoir peur du théâtre, au théâtre…
Charles a une phobie. C’est le théâtre. Avec sa psychiatre, il essaye de se soigner. Elle décide de l’emmener au théâtre pour enfin lui apprendre à surmonter sa peur. Manque de chance, il se retrouve dans un théâtre hanté par un fantôme. Le fantôme d’une femme, morte d’ennui dans ce même théâtre dix ans plus tôt.
Dans cette pièce absurde et inattendue, les comédiens nous entraînent avec eux au cœur des superstitions théâtrales et des traumatismes de chacun, jusqu’à se retrouver en face de la peur elle-même. Avec un humour déjanté, les comédiens nous mettent face à nos plus sombres sources d’anxiété et de pensées limitantes.
Les talentueux comédiens font juste au texte et la scénographie épurée permet de se concentrer sur le jeu et sur l’absorption de ce texte. Sur scène, les personnages vont et viennent dans le public avec une énergie surprenante, réussissant toujours à nous surprendre.
Theatrophobia est une un spectacle très drôle, à travers lequel sont explorés des thèmes importants comme les traumatismes et la peur, et surtout comment les surmonter. C’est un spectacle intelligent, drôle et sérieux à la fois, bien écrit, bien rythmé et bien interprété. En résumé, c’est une réussite et un réel plaisir à voir.
Marceline WEGROWE
Spectacle de la Compagnie Les Mille Printemps (75), vu le jeudi 24 juillet à 13h30 au Théâtre des Carmes dans le cadre du Festival d’Avignon 2025.
- De : création collective
- Avec : Shannen Athario-Vidal, Sarah Coulaud, Louise Fara
- Mise en scène : Gabrielle Chalmont-Cavache
- Public : Tout Public (à partir de 13 ans)
- Durée : 1h15
Un moment de partage et d’apprentissage au cœur du Théâtre des Carmes,
Dans une forme hybride entre la conférence et le spectacle, Louise, Sarah et Shannen nous entraînent avec iels pour leur excursion au cœur du système hétéronormatif. Le but de cette rencontre est de comprendre et de décortiquer ce système pour essayer de l’améliorer.
Sur scène, les trois commédien.nes sont assis.e.s autour de microphones comme pour une conférence. Pendant le spectacle, le public est souvent sollicité, et un réel dialogue s’installe. Les spectateur.ices sont invité.e.s à partager leurs ressenti et leurs réflexions sur les questions de genre et d’hétéronormativité. Louise, Sarah et Shannen revêtent alors leurs casquettes de médiateur.ices de débat, donnant la parole et complétant les réponses avec aise et brio.
Le spectacle aborde nombreux thèmes importants des luttes sociales d’aujourd’hui comme le racisme, la transphobie, le validisme, etc. Shannen l’explique d’ailleurs très bien dans le spectacle, on ne peut pas parler de sexisme sans parler de lutte des classes et de toutes ces autres notions, puisque tout est lié et tout découle du patriarcat.
Le spectacle est pensé pour être transporté et facile à monter. L’idée est de créer un moment pédagogique et participatif. C’est une grande réussite. Les moments passés entre réalité et fiction permettent aux spectateur.ices de bien comprendre les enjeux qui sont discutés dans le spectacle. La force de Genre ! c’est aussi ces trois merveilleux.ses artistes, Louise, Sarah et Shannen, qui nous offrent une part de leur intimité et de leur parcours avec une sincérité touchante et à travers des textes magnifiques.
Genre ! c’est un merveilleux spectacle pour aborder et sensibiliser aux questions de genre et de sexisme, particulièrement pour les jeunes générations qui ont l’occasion de construire une société plus inclusive. Avec de l’humour et une intensité impressionnante, Sarah, Shannen et Louise nous emmènent avec elleux dans ce voyage entre intime et politique, entre réalité et fiction.
Marceline WEGROWE